Sauvez la fontaine de Niki!

LE JOURNAL DU DIMANCHE  24 JUIN 2007
 
 

Patrimoine. La célèbre fontaine de Beaubourg est en piteux état

Tout le monde la connaît. Les touristes en raffolent. Les éditeurs de cartes postales aussi. Mais quand la mairie de Paris veut la montrer dans son magazine municipal, en décembre dernier, elle est obligée de prendre une photo d'archives: la fontaine Stravinsky, sur le côté du Centre Pompidou, est en piteux état. Au point que l'héritière des deux artistes qui l'ont conçue, la Franco-Américaine Niki de Saint Phalle et le Suisse Jean Tinguely, est obligée de se fâcher.
 

Cette semaine, Bloum Cardenas, petite-fille de Niki de Saint Phalle et responsable de la fondation californienne qui gère le droit moral des deux artistes, est à Paris. Comme à chaque voyage, elle est venue constater l'état de la fontaine. Mercredi matin, aucune des 16 statues et machines ne fonctionnait correctement. Rien ne bougeait. Les jets d'eau étaient cachectiques. L'eau était propre mais le fond sale. La «sirène» n'avait qu'un sein en marche, la «clé de sol» était silencieuse et le «squelette» était mort.
 

«A chaque fois, j'ai envie de pleurer au bout de cinq minutes, explique la jeune femme, artiste elle-même. Ce qui devait être un lieu ludique et joyeux et d'une tristesse infinie. Ils ont repeint les statues de Niki il y a deux ans parce que son oeuvre était au programme du bac. Mais rien ne marche normalement et tout est recouvert de calcaire. Pour la ville des arts, c'est quand même bizarre. Et moi, ça me blesse personellement.»
 

Inaugurée en mars 1983 par Jacques Chirac et Jack Lang, la fontaine a rapidement connu des problèmes. Les deux artistes durent insister pour que la Ville de Paris, propriétaire de l'oeuvre, l'entretienne correctement. «Il y a six-sept ans, ça marchait encore bien, raconte Didier, le cuistot du café Le Brise-Miche, sur la place. Mais tout a commencé à tomber en panne. Nous, ça nous gêne drôlement. On le sait parce que quand ils la vident une fois par mois, on a 30 % de chiffre d'affaires en moins.»
 

En 2003, Bloum Cardenas avait reçu une réponse apaisante de la Ville de Paris. «La conservation de ce monument fait l'objet de toute notre attention», lui avait-on assuré. Chargée de l'entretien, la section locale d'architecture du 4e arrondissement affirmait cependant il y a quelques mois que «c'est une fontaine à problèmes. Quand elle fonctionne, on a des plaintes des riverains à cause du bruit. Et quand elle ne fonctionne pas, les gens se plaignent aussi». Un diagnostic technique a été lancé et des travaux sont prévus en 2007.
 

En attendant, Bloum Cardenas vient de rédiger une pétition. Gilbert Perlein, directeur du Musée d'art moderne et contemporain de Nice, trouve sa démarche «parfaitement légitime». Il la signera «évidemment». Jean-Gabriel Mitterand aussi. Galeriste attiré de Niki de Saint Phalle jusqu'à sa mort en 2002, il trouve la situation «aberrante». «A Bâle, la fontaine Tinguely est toujours impeccable. J'en ai parlé à la Ville. Le problème vient peut-être de l'administration.» Note au maire de la capitale: Bloum est à Paris jusqu'à jeudi prochain.
 

 Antoine Debièvre